La sénatrice est intervenue lors de l'examen de ce texte qui "a le mérite de répondre aux questions des élus de terrain, l'intercommunalité est une réalité de la vie locale". Elle a proposé d'organiser "une discussion commune" avec un texte déposé sur le même sujet par le député et président de l'Association des maires de France (AMF), Jacques Pélissard (UMP). Elle a regretté par ailleurs que le Gouvernement ait renoncé à déposer devant le Parlement le projet de loi 61 qui devait être la dernière étape de la réforme des collectivités territoriales.
" Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous voici donc de nouveau
conduits à débattre de la réforme territoriale. S'il est vrai que, dans sa partie intercommunale,
celle-ci avait recueilli un accord assez large au Parlement, sans parler de consensus, il n'en
demeure pas moins que, dans les territoires, elle a donné lieu à des interrogations, voire à des
inquiétudes.
Comme un certain nombre de mes collègues, je viens de faire campagne pour les élections
sénatoriales. Hormis les angoisses sur la situation de l'emploi et de l'endettement de la France,
le sujet de l'intercommunalité était le premier à être abordé par les élus de mon département.
Dès le mois de juin, j'avais alerté le Gouvernement et en particulier vous, monsieur le
ministre, vous l'avez vous-même rappelé tout à l'heure, sur la nécessité de procéder à des
ajustements sur la loi de décembre 2010, afin d'en faciliter l'application et ce faisant de
répondre positivement aux préoccupations des élus.
Et je dois dire que j'ai fait campagne sur un mode très optimiste, expliquant qu'il ne
fallait pas s'inquiéter, par exemple, de la limitation du nombre de vice-présidents puisque le
Gouvernement était d'accord provisoirement - j'insiste sur le terme en réponse à M. Hyest - pour ne
l'appliquer qu'à partir de 2014. Il s'agissait non de revenir sur la loi, mais simplement de
l'appliquer de façon transitoire.
Cette campagne, je l'ai donc faite très tranquillement, parce qu'un autre texte était prévu,
sans avoir encore été inscrit à notre ordre du jour, je veux parler du fameux projet de loi n°61,
c'est-à-dire le texte relatif notamment au mode de scrutin pour l'élection des conseillers
municipaux et au statut de l'élu. Nous aurions ainsi eu un véhicule parlementaire pour procéder à
nos ajustements.
Je regrette infiniment que le Gouvernement ait pris la décision de ne pas inscrire ce texte à
l'ordre du jour parlementaire.
Monsieur le ministre, cette solution aurait eu trois avantages. D'abord, vous auriez rassuré
les élus, qui étaient également très inquiets quant au mode de scrutin pour les élections
municipales et trouvaient beaucoup trop bas le seuil de 500 retenu dans le projet de loi du
Gouvernement. Or, je le sais, vous étiez d'accord pour le remonter. Mais vous ne pourrez pas le
faire puisque, pour l'instant, il n'y a plus la loi. À mon avis, c'est une erreur !
Ensuite, on aurait pu y intégrer les données de la très intéressante proposition de loi de
notre collègue Bernard Saugey, qui comporte plusieurs dispositions sur le statut de l'élu.
Enfin, monsieur le ministre, vous auriez « eu la main ». Alors que là, faute de projet de
loi n°61, le Parlement, qui a besoin de légiférer, parce qu'il faut naturellement répondre aux
élus, le Parlement, donc, a dû lui-même prendre l'initiative de déposer des textes, la proposition
de loi de Jean-Pierre Sueur, au Sénat, et celle de Jacques Pélissard, à l'Assemblée nationale.
Évidemment, on peut toujours regretter le trop ou le pas assez. Mais que n'avez-vous pris
l'initiative de poursuivre le débat parlementaire que vous aviez entamé ! Je pense que c'est une
erreur stratégique de la part du Gouvernement !
C'est pourquoi nous nous opposerons au renvoi à la commission. Notre groupe est, en effet,
toujours favorable à la discussion, laquelle permet de faire évoluer les textes, d'où qu'ils
viennent.
Le texte initial de la proposition de loi de notre collègue M. Jean-Pierre Sueur a été
largement modifié en commission. Il comprend un certain nombre d'amendements auxquels nous avons
été très sensibles. Je pense, notamment, au report après 2014 de l'application des dispositions
relatives au nombre de vice-présidents et de délégués, je pense aussi à la possibilité de créer de
nouveaux syndicats.
Cela m'amène à revenir à ce qui a été dit par M. Hyest. La possibilité de créer de nouveaux
syndicats à la suite d'une fusion entre une commune rurale et une communauté d'agglomération, par
exemple, évite de redonner à la commune des compétences, en matière scolaire, notamment. Cela me
paraît très important. En tout cas, en élue du terrain, je salue cette disposition pragmatique.
Il en va de même en ce qui concerne les compétences sociales. Mon collègue Yves Détraigne a,
d'ailleurs, déposé un amendement visant à ajouter la petite enfance, amendement qui a reçu ce matin
un avis favorable de la commission.
Reste posé le problème du financement, que soulèveront mes collègues Henri Tandonnet et
Jean-Jacques Lasserre.
Deux autres sujets étaient pour nous primordiaux, le calendrier et la perte du pouvoir
d'amendement de la CDCI à partir du 1er janvier 2012, l'un et l'autre étant d'ailleurs liés.
Je me permets de m'arrêter à ce moment pour souligner un point que personne n'a relevé depuis
le début de la discussion. Aux termes de la loi, l'année 2011 est consacrée à l'élaboration du
schéma départemental de coopération intercommunale, mais à partir du 1er janvier 2012, le droit
d'amendement de la CDCI n'existe plus.
C'est écrit noir sur blanc dans la loi! Par ailleurs et je suis tout à fait à l'aise pour le
dire, car je me suis battue au Parlement à ce sujet ! - le préfet aura, dès le premier trimestre
2013, des pouvoirs exceptionnels.
Il faut tout de même le rappeler ! Il apparaît, en effet, que ce texte était contraint sur
un certain nombre de points et méritait donc qu'on y revienne.
J'ai pris acte, monsieur le ministre, de la lettre du Premier ministre. Mais une lettre,
c'est une lettre, et une loi, c'est une loi, jusqu'à preuve du contraire !
Et au vu du nombre de propositions de loi , je pense à celles de Mmes Goulet, Férat et
Létard, à la proposition de loi de M. Lecerf - il y a un vrai sujet !
Tout l'enjeu est donc de ne pas freiner ceux qui sont prêts…et de donner du temps à ceux
qui en ont besoin.
Le calendrier modifié par la commission des lois ne retarde pas le terme du processus
actuellement en cours, actuellement fixé au 1er juin 2013.
Le temps de la concertation est donc respecté.
En ce qui concerne les schémas en cours qui sont consensuels et qui comportent des projets
prêts à démarrer, la CDCI pourrait les adopter sous la forme de proposition finale de schéma avant
le 31 octobre 2012, sans procéder à d'autres consultations.
Les communes qui seraient prêtes pourraient donner leur accord, à la majorité qualifiée, aux
propositions et les préfets pourraient prendre les arrêtés nécessaires.
Je voudrais m'arrêter à cet instant sur une idée qui m'est venue en écoutant les orateurs
qui m'ont précédée.
M.le président. Ma chère collègue, il va être temps de conclure!
Mme Jacqueline Gourault. Quel dommage !
Je suis la vice-présidente d'une communauté d'agglomération, celle de Blois, qui va
fusionner au 1er janvier 2012 avec une communauté rurale voisine. Pourquoi cette date ? Parce que
les réflexions ont été très rapides et les élus, très demandeurs. C'est dire que, pour ceux qui
veulent fusionner vite, il y a toujours le droit commun, cela existe !
C'est la deuxième fusion de communautés d'agglomération que je vais vivre à Blois. Au fond,
personne n'est arrêté dans sa volonté de fusionner, sur notre territoire !
Puisque le temps m'est compté, j'en viens directement à ma conclusion pour dire à M. le
ministre, dans le prolongement de mon propos initial, que je ne sais pas très bien quel sera
l'avenir de la proposition de loi dont nous discutons en ce moment. Elle a le mérite de répondre
aux questions que se posent les élus de terrain. Il en va d'ailleurs de même pour le texte de M.
Pélissard, président de l'Association des maires de France.
Je me permets donc de vous suggérer, monsieur le ministre, de bien vouloir organiser le plus
rapidement possible une discussion commune.
Certes, le calendrier parlementaire est serré et l'ordre du jour chargé. Mais pourquoi ne
pas répondre vite, comme vous l'avez fait dans d'autres cas, à ce que notre collègue Jean-Pierre
Raffarin appelle «la République des territoires»?
L'intercommunalité est une réalité de la vie locale. L'objectif de la loi de 2010 est, à de
rares exceptions, partagé par de nombreux élus. Mais il faut aussi écouter le terrain, et l'on y
réclame l'introduction de garanties pour les élus de collectivités territoriales.