Question d'actualité au gouvernement n° 0742G de Mme Jacqueline Gourault (Loir-et-Cher - UC-UDF)
Mme Jacqueline Gourault : "Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie, des finances et
de l'industrie.
Monsieur le ministre, à quelques jours de l'ouverture à la fois du congrès des maires et du
débat budgétaire au Sénat, je souhaiterais vous alerter sur le fossé qui ne cesse de se creuser
entre les collectivités locales et l'État. En effet, depuis plus de vingt ans, avec une constance
malheureusement exemplaire, l'État réduit l'autonomie financière et politique de nos collectivités,
ce que je voudrais illustrer par deux exemples.
Premier exemple : la réforme de la taxe professionnelle a été élaborée sans concertation,
vous le savez bien. Plus grave encore, alors même qu'un accord transpartisan et équilibré dans ses
effets avait été trouvé par la commission Fouquet, vous persistez à vouloir mettre en oeuvre votre
réforme en 2007.
Monsieur le ministre, il n'est pas nécessaire d'être membre du Gouvernement pour comprendre
la nécessité d'alléger les charges des entreprises. Mais faire porter cet effort uniquement sur les
collectivités locales, au-delà du problème du non-respect du principe d'autonomie, c'est à la fois
injuste, et déséquilibré, lorsqu'on connaît le poids des prélèvements nationaux qui pèsent sur les
entreprises de France.
Vous allez me dire qu'il y a compensation. Mais croyez-vous que ce soit ce qu'attendent les
élus locaux ? Ils ne sont pas là pour être les simples ordonnateurs de dépenses ou de recettes
nationales. Ils sont élus pour engager des projets, répondre aux attentes des habitants de leurs
territoires et prendre aussi leurs responsabilités devant l'impôt.
Deuxième exemple : M. Philippe Bas, ministre délégué à la sécurité sociale, aux personnes
âgées, aux personnes handicapées et à la famille, a annoncé la création de 40 000 places de crèches
en France.
Mais, monsieur le ministre, qui paie ces investissements, qui assume le fonctionnement de ces
structures face au désengagement des financements de la Caisse nationale des allocations familiales
?
Je vais vous le dire : ce sont les communes, avec les autres collectivités.
Bien sûr, les contribuables aussi.
Comment l'État peut-il, dans ces conditions, faire de telles annonces et donner
continuellement des leçons de bonne gestion aux collectivités quand il leur impose des dépenses qui
n'ont été ni décidées ni prévues ?
Monsieur le ministre, il faut de la sincérité dans les rapports entre l'État et les
collectivités. Sachez que celles-ci ne demandent pas l'aumône, mais qu'elles réclament d'être
traitées en acteurs responsables et non en simples exécutantes.
Monsieur le ministre, la France a besoin d'un État fort, d'un État qui assume ses décisions,
ses responsabilités et qui respecte celles de ses partenaires, c'est-à-dire qui fasse confiance aux
collectivités.
Monsieur le ministre, les collectivités sont prêtes à participer à cet effort de maîtrise des
dépenses publiques, mais dans le respect de deux principes : qu'elles soient confortées dans leur
autonomie et leur capacité à gérer l'argent public, que l'effort soit équitablement réparti entre
État et collectivités, chacun assumant ses responsabilités.
Ma question est donc simple, monsieur le ministre : croyez-vous que l'on puisse mettre en
oeuvre concrètement ces principes ?"