Parvenue au terme de cette deuxième étape, la mission a émis 85 propositions supplémentaires
dont certaines, particulièrement audacieuses, s’appuient sur les nouveaux moyens offerts par
la réforme constitutionnelle de 2003 : expérimentation et recours à la collectivité « chef de file
».
➢ Au chapitre de la gouvernance : la mission a retenu trois axes :
• la création de métropoles, qui seraient dotées
par la loi d’un statut d’EPCI à fiscalité propre, plus intégré encore que celui des
communautés urbaines. Ce statut serait réservé, en fonction de critères définis par la loi, aux
plus grandes agglomérations de France de taille européenne. Elles pourraient devenir par la suite
des collectivités territoriales de plein exercice bénéficiant de la mise en commun des ressources
communales (dotations et ressources fiscales), à condition que les communes membres en décident
ainsi, par délibérations concordantes ;
• s’agissant de l’intercommunalité, la
mission a réaffirmé ses premières préconisations, en précisant que l’élection au suffrage
universel direct des conseillers communautaires se ferait par fléchage sur les listes municipales
dans toutes les communes de plus de 500 habitants, en prenant dans l’ordre les premiers élus.
Elle a souhaité, en outre, limiter le nombre des vice-présidents des bureaux communautaires en
fonction de la population ;
• le renforcement de la coordination des
politiques territoriales.
Dans ce but, la mission a débattu de deux options non exclusives :
- celle des conseillers territoriaux, défendue par les
membres de l’UMP,
- et celle de créer une instance de coordination
nouvelle, le conseil régional des exécutifs, solution en faveur de laquelle la mission s’est
prononcée.
Rassemblant sous la présidence du président du conseil régional, des présidents des conseils
généraux, des conseils d’agglomération et de représentants des communautés de communes, ce
conseil se réunirait obligatoirement tous les trimestres pour fixer les orientations et faciliter
les arbitrages nécessaires à la conduite des politiques territoriales. Pour sa part, une conférence
départementale des exécutifs assurerait la concertation entre les acteurs de terrain sur leurs
projets.
➢
Au chapitre des compétences : la mission a souhaité tout d’abord préserver la
capacité d’initiative des différentes collectivités territoriales sur le fondement de leur
intérêt territorial respectif. Elle a ensuite ordonné ses propositions à partir des
vocations propres à chaque niveau.
• Sur ces bases, la mission a proposé de confier
aux régions, confortées dans leur rôle stratégique, d’être chef de file en matière de
développement économique, avec la création, dans chaque région d’une structure de
coordination « partenariale » regroupant tous les acteurs, et la mise en place d’un « portail
» unique pour l’attribution des aides à la création et au développement des entreprises.
Serait, en outre, généralisé le transfert de la gestion des fonds européens aux régions, qui
assureraient également le pilotage d’une autorité organisatrice de transport (AOT) «
partenariale » unique et également d’un rôle de « chef de file » pour les interventions
locales en faveur de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, en
partenariat avec l’Etat.
Enfin, pour donner sa cohérence au pôle formation, recherche, innovation, la mission propose,
par la voie de l’expérimentation, de transférer à quelques régions volontaires la compétence
de l’emploi, actuellement assurée par l’Etat.
• Pour leur part, les départements, garants des
solidarités territoriales et sociales, verraient conforter leurs responsabilités en la matière.
La lisibilité du rôle du département serait renforcée en ce qui concerne la prise en charge des
personnes handicapées, par le financement de l’allocation adulte handicapé.
Egalement, dans le cadre d’une expérimentation, proposée par la mission, serait offerte
aux départements et aux régions la possibilité d’exercer à titre expérimental la compétence
en matière de médecine scolaire.
Il a paru utile à la mission de transférer aux départements et aux régions les personnels
d’intendance chargés de l’encadrement des TOS dans les collèges et les lycées.
•
Les communes et les intercommunalités : la mission recommande, par ailleurs, de
rationaliser l’exercice des compétences de proximité confiées au « bloc communal », en
augmentant progressivement les compétences confiées aux intercommunalités, en particulier en
matière d’aménagement, d’urbanisme et d’environnement.
Enfin, il n’a pas paru justifié de remettre en cause les compétences partagées dans les
domaines du tourisme, de la culture, de la jeunesse et des sports. La réunion régulière du conseil
des exécutifs devrait permettre d’instaurer une plus grande cohérence des interventions, en
s’appuyant, le cas échéant, sur le conventionnement et en encourageant la mutualisation des
moyens.
➢ Enfin, au chapitre crucial des finances locales, la mission
n’a pu, à son tour, que déplorer l’archaïsme et la complexité croissante d’un
système à bout de souffle. Partant de ce constat, elle a souhaité tracer les pistes d’une
remise à plat.
Il importe d’abord de refonder les liens financiers entre l’Etat et les
collectivités territoriales qui placent actuellement celles-ci dans une situation de dépendance
contraire à l’esprit de la décentralisation.
La mission propose un ensemble de mesures inscrites dans une cohérence globale :
- actualiser en permanence les valeurs locatives,
chantier toujours remis à plus tard, et de plus en plus nécessaire ;
- cesser de créér de nouveaux dégrèvements et de
nouvelles exonérations ;
- face à la suppression de la taxe professionnelle, la
mission a réaffirmé son attachement au maintien d’un impôt économique local, préservant
le lien entre collectivités locales et entreprises. Cet impôt économique serait scindé en deux
parts, la première, assise sur la valeur foncière – ce qui supposerait la modernisation des
valeurs locatives – et la seconde, sur la valeur ajoutée des entreprises.
La mission souhaite enfin le développement de la péréquation tant verticale (par un
renforcement des dotations péréquatrices) qu’horizontale, en appliquant à l’ensemble du
territoire, sur des bases régionales, les mécanismes du fonds de solidarité de la région
Ile-de-France.
Examinées le 17 juin par la mission, l’ensemble de ces propositions vont être réunies
et explicitées dans un rapport d’information, puis feront l’objet d’un débat
public au Sénat, le 30 juin prochain, dans l’esprit de préparer la discussion du projet de
loi annoncé par le gouvernement pour la mi-juillet et qui sera soumis en premier au Sénat, à
l’automne prochain.