Le Sénat sera bientôt saisi du projet de loi constitutionnelle relatif à l'équilibre des finances publiques. L'objectif affiché de ce dernier étant d'inscrire dans la Constitution trois séries de dispositions de nature à modifier en profondeur la gouvernance des finances publiques.
Les principales dispositions envisagées sont les suivantes :
1) La création d'un nouvel instrument juridique :
Les « lois-cadres d'équilibre des finances publiques » dont les dispositions auront pour
objectif d'assurer l'équilibre des comptes des administrations publiques. Ces lois-cadres
pluriannuelles programmeront pour une période fixe d'au moins trois ans, les efforts en dépenses et
en recettes à réaliser, année après année, afin de parvenir à cet équilibre. Elles s'imposeront aux
textes financiers ordinaires annuels (lois de finances et lois de financement de la sécurité
sociale). Ainsi, une loi de finances ou une loi de financement qui ne respecterait pas l'effort
programmé serait annulée comme contraire à la Constitution.
Ces dispositions devraient permettre de fixer un horizon temporel de retour à l'équilibre
des finances publiques et conduire à un rééquilibrage durable des comptes publics sur le long
terme, un déficit temporaire devant être accompagné de la définition des modalités d'un retour à
l'équilibre.
2) L'inscription dans le droit positif du monopole des lois de finances et des lois de
financement de la sécurité sociale : Ceci afin de régir le domaine de la fiscalité et celui des
recettes de la sécurité sociale.
3) L'inscription dans la Constitution du principe d'une transmission systématique à
l'Assemblée nationale et au Sénat des programmes de stabilité : Avant qu'ils ne soient adressés à
la Commission européenne dans le cadre du volet préventif du Pacte de stabilité et de croissance.
Le texte a déjà été examiné par l'Assemblée nationale. Si cette dernière a cherché à
apporter sa marque sur le texte, les positions des différentes commissions (Lois, Affaires sociale
et Finances) saisies sur le fond, comme pour avis, ne sont pas nécessairement cohérentes entre
elles.
Qu'en est-il des finances locales ?
A l'origine, ce projet de loi constitutionnelle devait comporter des dispositions impactant
les finances locales. L'article 11 initial instaure en effet « un monopole des lois de
finances et des lois de financement de la sécurité sociale en matière fiscale locale et de
compensation des compétences nouvelles attribuées aux collectivités territoriales ».
Mais les commissions des Lois et des Affaires sociales de l'Assemblée ont émis un avis
favorable pour l'adoption d'un amendement de suppression de cet article, tandis que la commission
de Finances était favorable à l'application aux lois de prélèvements obligatoires d'un monopole
partagé en matière de fiscalité locale.
Finalement, l'article 11 voté par l'Assemblée, et donc que le Sénat devra examiner,
entraîne les modifications suivantes pour l'article 72-2 de la Constitution :
« Art. 72-2. - Les collectivités territoriales bénéficient de ressources dont
elles peuvent disposer librement dans les conditions fixées par la loi.
Elles peuvent recevoir tout ou partie du produit des impositions de toute
s nature
s.
La loi de finances peut les autoriser à en fixer l'assiette et le taux dans les
limites qu'elle détermine.
Les recettes fiscales et les autres ressources propres des collectivités territoriales
représentent, pour chaque catégorie de collectivités, une part déterminante de l'ensemble de leurs
ressources. La loi organique fixe les conditions dans lesquelles cette règle est mise en
œuvre.
Tout transfert de compétences entre l'État et les collectivités territoriales s'accompagne
de l'attribution de ressources équivalentes à celles qui étaient consacrées à leur exercice. Toute
création ou extension de compétences ayant pour conséquence d'augmenter les dépenses des
collectivités territoriales est accompagnée de ressources déterminées par
la loi de finances. »